TSTMG – Révisions bac blanc

Quizz pour réviser:

La culture

Scepticisme / Relativisme

Universel / singulier

Libéralisme / Communisme

Droits naturels / Droits positifs

Légalité / Légitimité

Les différents principes de justice

Nécessaire / contingent / possible

Libre-arbitre / Déterminisme / Fatalisme

L’allégorie de la caverne

Sur Epicure

Les distinctions plaisir / joie / béatitude / bonheur

Chaînes youtube pour réviser:

Monsieur Phi

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La philo en petits morceaux

Cyrus North

Politikon

Science for all

La Fiches de révisions:

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TES – Révisions bac blanc

Quizz pour réviser:

Scepticisme / Relativisme

Empirisme / Rationalisme

Universel / singulier

Libéralisme / Communisme

Les différentes conceptions de l’Etat

Les différentes conceptions de l’état de nature

Droits naturels / Droits positifs

Légalité / Légitimité

Justice / Vengeance

La culture

Les topiques de Freud

Nécessaire / contingent / possible

Les trois types de libertés

Libre-arbitre / Déterminisme / Fatalisme

Le devoir

L’allégorie de la caverne

Théories morales

Le relativisme moral

Déontologisme / Utilitarisme

Sur Epicure

Les distinctions plaisir / joie / béatitude / bonheur

La différence entre le stoïcisme et l’Epicurisme

Les échanges

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La Fiches de révisions:

Plan du cours

I) La liberté est-elle une illusion?

II) Explication d’un texte de Nietzsche extrait de Aurore sur la morale

III) Comment distinguer le bien et le mal?

IV) Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous ses désirs?

V) Explication d’un texte de Lévi-Strauss extrait de Race et histoire sur les cultures

VI) Peut-on distinguer nature et culture?
VII) Les animaux ont-ils un langage?

VIII) Explication d’un texte d’Aristote sur la société, le langage et la politique

IX) Faut-il toujours obéir aux lois?

X) Texte Hegel justice vengeance

XI) L’Etat est-il nécessaire?

XII) Oeuvre complète: Les Manuscrits de 1844 de Karl Marx

XIII) La vérité nous est-elle accessible?

Devoirs donnés:

  • Peut-on choisir le mal?
  • La morale repose-t-elle sur l’habitude?
  • Devoir sur un texte de Kant: bonheur, Etat et paternalisme
  • Bac blanc: L’être humain est-il naturellement libre? / Peut-on maitriser nos désirs? /Texte de Nietzsche sur la morale
  • Les animaux ont-ils un langage? (plan)
  • Y a-t-il un propre de l’homme? (plan)
  • La loi suffit-elle à rendre justice?
  • DST: L’Etat est-il l’ennemi de la liberté? / Le langage nous rapproche-t-il? / Texte de Kant sur l’insociable sociabilité

TL – Révisions bac blanc

Fiches de révisions:

Quizz pour réviser:

Scepticisme / Relativisme

Empirisme / Rationalisme

Vérité formelle / Vérité matérielle

Universel / singulier

Libéralisme / Communisme

Les différentes conceptions de l’Etat

Les différentes conceptions de l’état de nature

Droits naturels / Droits positifs

Légalité / Légitimité

Justice / Vengeance

Les différents principes de justice

La culture

Le mythe de Prométhée

Thèses du Gorgias

 

Les topiques de Freud

Nécessaire / contingent / possible

Les trois types de libertés

Libre-arbitre / Déterminisme / Fatalisme

Le devoir

L’allégorie de la caverne

Théories morales

Le relativisme moral

Déontologisme / Utilitarisme

Sur Epicure

Les distinctions plaisir / joie / béatitude / bonheur

La différence entre le stoïcisme et l’Epicurisme

A quoi vise l’art?

Chaînes youtube pour réviser:

Monsieur Phi

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La philo en petits morceaux

Cyrus North

Politikon

Science for all

 

TL 2017-2018

Plan du cours

I) La liberté est-elle une illusion?

II) Explication d’un texte de Nietzsche extrait de Aurore sur la morale

III) Comment distinguer le bien et le mal?

IV) Avons-nous des devoirs envers les animaux? (Colloque)

V) Le bonheur n’est-il qu’un idéal?

VI) Peut-on distinguer nature et culture?
VII) Explication d’un texte de Lévi-Strauss extrait de Race et histoire sur les cultures

VIII) A quoi vise l’art?

IX) Les goûts sont-ils universels?

X) Explication d’un texte de Nietzsche sur l’art

XI) Etude de l’oeuvre suivie: Le Gorgias de Platon

XII) Les animaux ont-ils un langage? (documentaire)

XIII) Faut-il accepter une loi injuste?

XIV) Peut-on définir la justice?

XV) Analyse d’un texte d’Aristote sur la société

XVI) L’Etat est-il nécessaire?

XVII) A qui le pouvoir doit-il revenir?

XVIII) Deuxième oeuvre complète Marx: travail, technique (ou technique et vivant +tard), société, histoire

XIX) La vérité nous est-elle accessible?

XX) Peut-on démontrer toute vérité?

XXI) Le procès de Darwin – La science et la religion se contredisent-elles?

 

TL – Le procès de Darwin

Pour mieux comprendre la théorie de l’évolution de Darwin:

– Des vidéos:

http://www.cite-sciences.fr/juniors/darwin-galapagos/evolution-et-selection-naturelle.html

http://www.universcience.tv/video-la-lignee-humaine-8133.html

http://www.universcience.tv/video-le-diagramme-de-darwin-8215.html

– Des émissions de radio:

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/darwin-45-la-science-de-levolution

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/darwin-15-la-vie-de-charles-darwin

https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/charles-darwin-ou-la-lutte-pour-une-theorie-1809-1882

https://www.franceculture.fr/conferences/palais-de-la-decouverte-et-cite-des-sciences-et-de-lindustrie/oui-il-faut-toujours

https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-21-janvier-2016

TL et TES – Révisions de l’oeuvre suivie Marx – Les Manuscrits de 1844

Quizz: Libéralisme / Communisme

L’artisan boulanger non aliéné:

Documentaire La mise à mort du travail- L’aliénation en entier:

La série arte sur le capitalisme: https://info.arte.tv/fr/capitalisme

Emissions radio sur l’aliénation chez Marx:

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-jeudi-19

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/peut-echapper-au-travail-44-reinventer-le-travail

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/liberte-cherie-34-il-est-libre-marx

Philosophie Magazine: http://www.philomag.com/les-idees/lecture-accompagnee-karl-marx-manuscrits-de-1844-extraits-24950

 

TES – Oeuvre suivie: Les Manuscrits de 1844 de Karl Marx

Étude de l’œuvre suivie: Manuscrits de 1844, Karl Marx

Traduction de F.Fischbach, publiée chez Vrin

Texte 1 – La description de l’aliénation

Le travailleur devient d’autant plus pauvre qu’il produit plus de richesse, que sa production s’accroît en puissance et en extension. Le travailleur devient une marchandise au prix d’autant plus vil qu’il engendre plus de marchandises. Avec la valorisation du monde des choses s’accroît en rapport direct la dévalorisation du monde de l’homme. Le travail ne produit pas que des marchandises; il se produit lui-même ainsi que le travailleur en tant que marchandise et cela sous le rapport même où il produit en général des marchandises.

Ce fait n’exprime rien d’autre que ceci: l’objet que le travail produit, son produit vient lui face comme un être étranger, comme une puissance indépendante du producteur. Le produit du travail est le travail qui s’est fixé dans un objet, qui s’est fait chose; ce produit est l’objectivation du travail. La réalisation du travail est son objectivation. cette réalisation du travail apparaît dans la situation de l’économie nationale, comme déréalisation du travailleur, l’objectivation apparaît comme perte de l’objet et asservissement à l’objet, l’appropriation apparaît comme aliénation, comme perte de l’expression.” p.117-118

Texte 2 –

Le travailleur ne peut rien engendrer sans la nature, sans le monde extérieur sensible. Ce dernier est le matériau à même lequel son travail se réalise, dans lequel son travail est actif, à partir duquel et au moyen duquel il produit. Mais de même que la nature offre au travail son moyen de subsistance, au sens où le travail ne peut pas subsister sans des objets à même lesquels il est exercé, de même la nature offre-t-elle aussi d’autre part un moyen de subsistance, au sens plus étroit du moyen de la subsistance physique du travailleur lui-même.

De sorte que plus le travailleur s’approprie par son travail le monde extérieur, la nature sensible, et plus il se soustrait de moyen de subsistance, et cela sous un double aspect : premièrement, en ce que le monde extérieur sensible cesse de plus en plus d’être un objet appartenant à son travail, un moyen de subsistance de son travail ; deuxièmement, en ce que le même monde extérieur sensible cesse de plus en plus d’être un moyen de subsistance au sens immédiat, à savoir au sens d’un moyen en vue de la subsistance physique du travailleur.

A partir de ce double aspect, le travailleur devient donc un esclave de son objet, premièrement en ce qu’il reçoit un objet de travail, c’est-à-dire en ce qu’il reçoit du travail, et deuxièmement en ce qu’il reçoit des moyens de subsistance. Premièrement donc en ce que c’est par l’objet qu’il peut exister en tant que travailleur, et deuxièmement en ce que c’est par l’objet qu’il peut exister en tant que sujet physique. Le sommet de cet esclavage est qu’il ne peut plus se conserver comme sujet physique qu’en étant travailleur, et qu’il n’est plus travailleur qu’en tant que sujet physique.”, p. 119

Texte 3 –

Jusqu’ici nous n’avons considéré l’aliénation, la perte de l’expression du travailleur que sous un seul aspect, à savoir sous l’aspect de son rapport aux produits de sont travail. Mais l’aliénation ne se montre pas seulement dans le résultat, mais aussi dans l’acte de la production, à l’intérieur de l’activité productive elle-même. Comment le produit de son activité pourrait-il venir faire face au travailleur comme un produit étranger, si le travailleur ne s’aliénait pas de lui-même dans l’acte de la production? Le produit n’est de fait que le résumé de l’activité, de la production. Si donc le produit du travail est la perte de l’expression, alors il faut que la production elle-même soit la perte active de l’expression, la perte d’expression de l’activité, l’activité de perdre l’expression. Dans l’aliénation de l’objet du travail se résume seulement l’aliénation, la perte de l’expression dans l’activité du travail elle-même.

Voyons maintenant en quoi consiste la perte de l’expression du travail.

Premièrement, en ce que le travail est extérieur au travailleur, c’est-à-dire n’appartient pas à son être – en ce que le travailleur ne s’affirme donc pas dans son travail, mais s’y nie, en ce qu’il ne s’y sent pas bien, mais malheureux, en ce qu’il n’y déploie pas une énergie physique et spirituelle libre, mais y mortifie son physique et y ruine son esprit. Par suite, le travailleur ne se sent auprès de soi qu’à partir du moment où il est en dehors du travail, tandis que dans le travail il se sent en dehors de soi. Il est chez soi lorsqu’il ne travaille pas, et lorsqu’il travaille, il n’est pas chez soi. Son travail n’est donc pas librement voulu, mais contraint, c’est du travail forcé. Le travail n’est donc pas la satisfaction d’un besoin, il est au contraire seulement un moyen en vue de satisfaire des besoins extérieurs au travail. Le caractère étranger du travail se montre sans sa pureté en ce que aussitôt qu’il n’existe plus aucune contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. Le travail extérieur, le travail dans lequel l’homme s’aliène, est un travail du sacrifice de soi, un travail de mortification. Finalement, l’extériorité du travail pour le travailleur apparaît en ceci qu’il n’est pas son travail propre, mais le travail d’un autre, en ceci qu’il ne lui appartient pas, en ceci qu’en lui il ne s’appartient pas à lui-même mais appartient un autre. (…)

Nous en arrivons ainsi au résultat que l’homme (le travailleur) ne se sente plus comme librement actif que dans ses fonctions animales (manger, boire et procréer, tout au plus encore dans l’habitation, la parure, etc.), et qu’il ne se sente plus qu’animal dans ses fonctions humaines. L’animal devient l’humain et l’humain devient l’animal.

Manger, boire et procréer, etc., sont certes également des fonctions véritablement humaines. Mais, dans l’abstraction qui les sépare du reste du cercle de l’activité humaine et qui en fait les derniers et uniques buts finaux, elles sont animales.”, p.121

Texte 4 –

Tout d’abord, le travail, l’activité vitale, la vie productive n’apparaissent eux-mêmes à l’homme que comme un moyen en vue de la satisfaction d’un besoin, à savoir du besoin de conserver l’existence physique. (…) C’est dans la forme de l’activité vitale que repose le caractère entier d’une espèce, son caractère générique, et l’activité consciente et libre est le caractère générique de l’homme. La vie elle-même n’apparaît que comme un moyen de vivre.

L’animal est immédiatement uni à son activité vitale. Il ne s’en différencie pas. Il l’est. L’homme fait de son activité vitale elle-même l’objet de son vouloir et de sa conscience. Il a de l’activité vitale consciente. Ce n’est pas une déterminité1 dans laquelle il se fond immédiatement. L’activité vitale consciente distingue immédiatement l’homme de l’activité vitale animale. C’est précisément seulement par là qu’il est un être générique. Ou bien : il est un être conscient, c’est-à dire que sa propre vie est pour lui objet, précisément seulement parce qu’il est un être générique. C’est uniquement cela qui fait de son activité une activité libre. Le travail aliéné renverse le rapport en ceci que l’homme, justement parce qu’il est un être conscient, fait de son activité vitale, de son essence, seulement un moyen en vue de son existence.” p.122-123

Texte 5 –

Si le produit du travail m’est étranger, s’il vient me faire face comme puissance étrangère, à qui appartient-il donc?

Si ma propre activité ne m’appartient pas, si elle est une activité étrangère, extorquée, à qui appartient-elle donc?

A un autre être que moi.

Qui est cet être? (…)

L’être étranger – auquel le travail et le produit du travail appartiennent, au service duquel le travail se tient et à la jouissance de laquelle produit est offert – ne peut être que l’homme lui-même.

Si le produit du travail n’appartient pas au travailleur, s’il est pour lui une puissance étrangère qui lui fait face, cela n’est possible qu’à la condition que ce produit appartient à un autre homme en dehors du travailleur. Si son activité lui est une torture, c’est qu’elle doit être une jouissance pour un autre et la joie de vivre d’un autre. Ni les dieux, ni la nature ne peuvent être cette puissance étrangère sur l’homme: seul peut l’être l’homme lui même.” p,.124-125

Texte 6 –

Le communisme, enfin, est l’expression positive de la propriété privée supprimée, d’abord comme propriété privée universelle. En tant qu’il saisit ce rapport dans son universalité, il est

1/ sous sa première figure, seulement une généralisation et un accomplissement de ce rapport. […] La communauté est seulement une communauté du travail et de l’égalité du salaire que paie le capital communautaire, la communauté en tant que capitaliste universel. Les deux côtés du rapport sont élevés à une universalité représentée, le travail comme la détermination dans laquelle chacun est posé, le capital comme l’universalité et la puissance reconnues de la communauté. […]

2/ Le communisme […] avec suppression de l’État mais en même temps qui n’a pas encore pleinement développé son être et reste sous l’emprise de la propriété privée, c’est-à-dire de l’aliénation de l’homme. Sous ces deux formes, le communisme sait déjà qu’il est la réintégration ou le retour de l’homme à lui-même, la suppression de l’aliénation humaine. Mais du fait qu’il n’a pas encore saisi l’essence positive de la propriété privée et qu’il a tout aussi peu compris la nature humaine du besoin, il est encore entravé et contaminé par la propriété privée. Il a certes saisi son concept, mais non encore son essence.

3/ Le communisme comme suppression positive de la propriété privée en tant qu’auto-aliénation humaine, et, par suite, comme appropriation réelle de l’essence humaine par et pour l’homme ; par suite comme retour complet, retour devenu conscient et accompli à l’intérieur de toute la richesse du développement ayant eu lieu jusqu’ici, de l’homme pour soi en tant qu’homme social, c’est-à-dire en tant qu’homme humain. Ce communisme, en tant que naturalisme accompli, est égal à l’humanisme, en tant qu’humanisme accompli, il est égal au naturalisme, il est la véritable résolution du conflit de l’homme avec la nature et avec l’homme, la vraie résolution du litige entre l’existence et l’essence, entre l’objectivation et la confirmation de soi, entre la liberté et la nécessité, entre l’individu et le genre. Il est l’énigme résolue de l’histoire et il se sait comme cette résolution.”, p.143-146

Texte 7 –

Comment la multiplication des besoins et des moyens et des moyens de les satisfaire engendre l’absence de besoins et l’absence de moyens, l’économiste national (et le capitaliste – de toute façon, nous parlons toujours des hommes d’affaires empiriquement existant quand nous nous adressons aux économistes nationaux (…) ) le démontre 1) en ce qu’il réduit le besoin du travailleur à l’entretien le plus strictement indispensable et misérable de la vie physique et son activité au mouvement mécanique le plus abstrait – finalement, il dit: l’homme n’a aucun autre besoin, il n’a besoin ni d’activité, ni de jouissance; et il explique que même cette vie-là est une vie humaine, une existence humaine; en ce que 2) il fait ses comptes en prenant comme critère de mesure et même comme critère universel de mesure la vie (l’existence) la plus indigente possible: universel, parce que valant pour la masse des hommes; il transforme le travailleur en un être non sensible et dépourvu de besoins, de même qu’il transforme son activité en une pure abstraction de cette activité; tout luxe du travailleur lui apparaît comme répréhensible et tout ce qui va au-delà du besoin le plus abstrait – qu’il s’agisse d’une jouissance passive ou d’une expression d’activité – lui apparaît comme un luxe. L’économie nationale, cette science de la richesse, est par suite en même temps la science du renoncement, de la privation, de l’épargne, et elle en arrive réellement au point d’épargner à l’homme jusqu’au besoin d’un air pur ou de mouvement physique. Cette science de l’admirable industrie est en même temps la science de l’ascèse et son véritable idéal est celui du grippe-sou ascétique mais prolifique, et de l’esclave ascétique mais productif. Son idéal moral est le travailleur qui apporte à la Caisse d’épargne une partie de son salaire (…). Elle est ainsi – en dépit de son apparence séculière et débauchée – une science réellement morale, la plus morale de toutes sciences. Le renoncement à soi, le renoncement à la vie et à tous les besoins humains est son principal précepte. Moins tu manges, bois, achètes de livres, moins tu vas au théâtre, au bal, au cabaret, moins tu penses, aimes, réfléchis, moins tu chantes, moins tu peins, moins tu fais de l’escrime, etc…, plus tu épargnes, plus tu augmentes ton trésor que ne mangeront ni les mites ni la poussière, ton capital. Moins tu es, moins tu exprimes ta vie, plus tu as, plus grande est la perte d’expression de ta vie, plus tu accumules les éléments de ton être aliéné.”, p.179-180

Texte 8 –

Tout ce qui t’appartient, tu dois le rendre vénal, c’est-à-dire utile. Lorsque je demande à l’économiste: est-ce que j’obéis aux lois économiques quand je retire de l’argent de l’abandon, de la vente de mon corps à la luxure d’autrui (les travailleurs de fabriques en France, appellent la prostitution de leurs femmes et de leurs filles la dixième heure de travail – ce qui est littéralement vrai), ou bien est-ce que je n’agis pas conformément à l’économie quand je vends mon ami aux Marocains (et la vente directe des hommes en tant que commerce des recrues, etc., a lieu dans tous les pays civilisés), l’économiste me répond: tu n’agis pas de façon contraire à mes lois; mais regarde autour de toi ce que disent mes cousines la morale et la religion ; ma morale et ma religion économiques n’ont rien à t’objecter mais… Mais qui dois-je maintenant plutôt croire, l’économie nationale ou la morale ? La morale de l’économie nationale est le gain, le travail et l’épargne, la sobriété – mais l’économie nationale me promet de satisfaire mes besoins. – L’économie nationale de la morale est la richesse en bonne conscience, en vertu, etc. Mais comment puis-je être vertueux si je ne suis rien, comment puis-je avoir une bonne conscience si je ne sais rien ? Cela est fondé dans l’essence de l’aliénation ; chaque sphère m’applique un critère de mesure différent et opposé aux autres, la morale est un critère et l’économie nationale un autre, parce que chacune est une aliénation particulière de l’homme, et que chacune fixe un cercle particulier de l’activité aliénée. (…) De toutes façon, l’opposition de l’économie nationale et de la morale n’est aussi qu’une apparence (…). L’économie politique ne fait qu’exprimer à sa manière les lois morales.“, p.181-182

Texte 9 –

On pourrait se contenter d’avoir supprimé [la propriété privée] dans la conscience. Or l’aliénation de l’essence ne peut être supprimée que par une action réelle. L’idée de la propriété privée peut être supprimée par la pensée. Mais la propriété privée demeure et avec elle demeure l’aliénation réelle de la vie humaine – aliénation d’autant plus grande que l’on en est plus conscient. La suppression de l’aliénation réelle ne peut être accomplie que par le communisme mis en pratique. Pour supprimer l’idée de la propriété privée, l’idée même de communisme suffit entièrement. Pour abolir la propriété privée réelle, il faut une action communiste réelle. L’histoire la fournira. Nous savons déjà en pensée que ce mouvement porte en lui-même son propre dépassement; mais dans la réalité, il devra passer par un processus très dur et très long. Néanmoins, nous devons considérer comme un réel progrès le fait que, de prime abord, nous avons acquis une conscience non seulement du but du mouvement historique mais aussi de sa limitation et de ce qui le dépasse.”, p.184

Texte 10 – L’argent

L’argent, en tant qu’il possède la qualité de tout acheter et de s’approprier tous les objets, est donc l’objet en tant que possession éminente. L’universalité de sa qualité est la toute-puissance de son être ; il vaut par suite en tant qu’être tout-puissant… L’argent est l’entremetteur entre le besoin et l’objet, entre la vie et le moyen de vivre de l’homme. Mais ce qui médiatise pour moi ma vie, cela médiatise aussi pour moi l’existence de l’autre homme pour moi. C’est pour moi l’autre homme. (Citations de Faust de Goethe et du Timon d’Athènes de Shakespeare)

Ce qui par l’argent est pour moi, ce que je peux payer, c’est-à-dire ce que l’argent peut acheter, cela je le suis, moi, le possesseur de l’argent lui-même. Aussi grande la force de l’argent, aussi grande ma force. Les qualités de l’argent sont mes qualités et mes forces essentielles – ce sont celles de son possesseur. Ce que je suis et ce que je peux faire n’est donc nullement déterminé par mon individualité. Je suis laid, mais je peux m’acheter la femme la plus belle. Donc je ne suis pas laid, puisque l’effet de la laideur, sa force repoussante est anéantie par l’argent. Moi – selon mon individualité, je suis boiteux, mais l’argent me procure 24 pieds, donc je ne suis pas boiteux; je suis un homme mauvais, malhonnête, sans conscience ni esprit, mais l’argent est honoré, donc aussi son possesseur. L’argent est la peine d’être malhonnête, donc je suis présumé être honnête je suis sans esprit mais l’argent est l’esprit réel de toutes choses; comment son possesseur pourrait-il être sans esprit ? En plus, il peut s’acheter les gens pleins d’esprit, et celui qui a le pouvoir sur les gens pleins d’esprit, n’est-il pas plus riche d’esprit que l’homme plein d’esprit ? Moi qui peux obtenir tout ce à quoi un cœur humain aspire, est-ce que je ne possède pas toutes les capacités humaines ? Est-ce que l’argent ne transforme donc pas toutes mes incapacités en leur contraire ?

Si l’argent est le lien qui me relie à la vie humaine, à la société, à la nature et à l’homme, l’argent n’est-il pas le lien de tous les liens ? Ne peut-il pas faire et défaire tous les liens ? N’est-il pas pour cette raison, l’universel moyen de séparation? Il est la véritable monnaie de séparation, de même que le véritable moyen de liaison, la force chimique galvanisante de la société.

Shakespeare fait ressortir surtout deux propriétés de l’argent : 1/C’est la divinité visible, la transformation en leur contraire de toutes les qualités humaines et naturelles, la confusion et le renversement universels des choses. Il fait fraterniser les choses incompatibles. 2/ C’est la putain universelle, le corrupteur universel des hommes et des peuples. », p.194-196

1traduit parfois par “détermination”